Ghana
Quelques mots sur le Ghana
Je souhaite partager une expérience marquante que j’ai vécue au Ghana, une expérience qui a profondément bouleversé ma vision de ce pays. J’ai beaucoup souffert là-bas. Je suis partie avec l’idée de m’investir dans une ONG que je pensais sérieuse… mais c’était une grave erreur.
Je veux que les gens sachent ce qui se passe réellement dans ce pays : la violence, le non-respect des droits de l’enfant, les abus sexuels, et même le racisme envers les blancs. Il y a très peu d’articles en ligne sur ces sujets, mais en cherchant bien, on trouve quelques témoignages. Cependant, tout cela est étouffé, et seules quelques ONG osent en parler. Ce qui circule généralement en ligne ne parle que de politique rassurante, de sécurité (ce qui est faux) et de la « civilisation » du pays (encore plus faux).
J’écris avec mes tripes. Je tiens à préciser que mon but n’est pas de dénigrer volontairement ce pays, mais plutôt de faire connaître des réalités difficiles à ignorer.
Le Ghana : aperçu général
Le Ghana est un pays anglophone situé en Afrique de l’Ouest, bordé par le Golfe de Guinée. La langue officielle est l’anglais, mais dans les villages, on parle surtout les langues locales. Là où j’étais, c’était le Twi. Malgré la proximité du Ghana avec des pays francophones comme le Togo, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, très peu de Ghanéens parlent français. Et personne ne fait d’efforts pour faciliter les échanges dans cette langue, même si le français est obligatoire dans les écoles depuis quelques années pour favoriser les interactions avec les pays voisins.
Sur Internet, le Ghana est présenté comme un pays en pleine évolution, avec une capitale moderne et un système de santé parmi les plus développés d’Afrique. Il est même mentionné que c’est l’un des pays les plus sûrs du continent. Pourtant, cela est loin de la réalité, comme le montrent les récentes recommandations des États-Unis qui déconseillent ce pays pour des raisons de sécurité.

Climat
Les pires conditions météorologiques que j’ai connues
Je suis partie pendant l’hiver français, mais au sud du Ghana, c’était tout autre chose. Le taux d’humidité oscillait entre 75 % et 85 %, ce qui rendait la chaleur étouffante et difficile à supporter. Les températures diurnes tournaient autour de 36° à 38°C.
J’ai vécu trois semaines sous l’influence de l’harmattan, ce vent sec venu du désert du Sahara. Pendant cette période, le soleil était totalement caché par un épais voile de sable et de poussière qui enveloppait le ciel jour et nuit. La visibilité était réduite et tout le monde portait un masque ou un foulard pour se protéger de ces particules fines qui provoquaient des maux de gorge, des toux persistantes et des allergies. Respirer devenait un véritable défi.
Les nuits ne procuraient que peu de répit avec une chaleur qui ne descendait pas en dessous de 26°C, rendant le sommeil difficile.
Heureusement, j’ai eu la chance d’assister à trois orages, dont un particulièrement violent. Cela a permis de faire baisser la température pour 48 heures. Ce fut un vrai soulagement, même si ces moments de fraîcheur étaient bien trop rares.
En général:
Saison sèche (Novembre à Mars) :
- Températures élevées entre 25 °C et 35 °C, avec des pics pouvant atteindre 40 °C en février. L’humidité est plus faible, rendant la chaleur plus supportable, et des vents secs appelés harmattan peuvent souffler en provenance du Sahara.
Saison des pluies (Avril à Octobre) :
- Les pluies commencent en avril, culminant en juin. Les températures varient de 24 °C à 32 °C, avec une humidité élevée. Certaines régions, notamment le sud, reçoivent plus de précipitations que le nord.
La monnaie locale
Le Cédi ghanéen
En octobre 2024, pour 1€, tu obtiens 17,43 cédis.
Il y a des distributeurs un peu partout, mais il te faudra utiliser une carte Visa, de préférence sans frais à l’étranger. Il est recommandé de tout payer en espèces, car les restaurateurs et commerçants (pour ceux qui ont un terminal bancaire) te facturent des frais bancaires supplémentaires pour chaque transaction, en plus du montant de la facture initiale.
La vie n’est pas chère, surtout si tu adoptes un mode de vie local.
Infos
Les sites officiels dont tu auras besoin pour aller au Ghana
Sécurise ton voyage
- Déclare ton voyage sur Ariane
- Ambassade de France au Ghana
- Ambassade du Ghana en france
- Les vaccins et traitements obligatoires
Déclare ton voyage. Indique ton numéro de téléphone local, ton adresse, la personne à contacter, ton email, les dates et tu seras prévenu(e) en cas de problèmes.
C'est sur ce site que tu vas faire ta demande de visa. Arme toi de patience, anticipe un maximum. Ils sont connus pour leur zéro communication. C'est une pure catastrophe. Tu dois envoyer ton passeport et attendre patiement qu'ils te le renvoient. Stress au programme, acccroche toi !
Si tu as une question précise sur la sécurité du pays, sur l'urgence sanitaire (oui oui ça peut arriver crois moi !), ils seront là pour te répondre.
Parce qu'il vaut mieux être prévenu(e) des risques encourrus pour chaques pays et connaitre la liste des vaccins et traitements obligatoires, le site de France diplomacie au Ghana t'informe de tous les évènements à connaitre
Mes indispensables pour ce voyage au Ghana
Dans chaque pays, il y a des particularités et des besoins qui varient d’un voyage à l’autre. J’ai dressé une liste de tout ce qui m’a été utile, même des choses auxquelles on ne pense pas forcément.
J’étais logée dans une maison avec une salle de bain, des toilettes, et une chambre qui ne contenait qu’un lit. Le confort était très rudimentaire.
Ainsi, certains objets qui peuvent te sembler improbables sont en réalité indispensables pour un séjour comme le mien.
Ici j'aborde tous les sujets sans aucun tabou
Le visa, la maison, les déceptions.
Volontariat avec une ‘ONG’ locale
Je ne partagerai pas le nom de l’ONG pour laquelle j’ai travaillé, car je ne souhaite absolument pas leur faire de publicité.
Obtention du visa
L’obtention du visa a été compliquée, longue et angoissante. À l’ambassade du Ghana en France, personne ne parle français (trop compliqué de faire des efforts), ils ne répondent ni au téléphone ni aux emails. Bref, tu l’auras compris, c’est un coup de chance.
J’ai dû envoyer mon passeport par la poste. Ils ne fournissent pas d’accusé de réception et gardent un silence total. Mon passeport a été remis par erreur à l’ambassade voisine, et c’est une autre personne qui l’a déposé à l’ambassade du Ghana en leur demandant de me rassurer. Évidemment, ils ne l’ont pas fait.
Finalement, après 10 jours, j’ai reçu mon visa dans une simple enveloppe. Soulagement.
Les risques d’une ONG locale
En rejoignant une ONG locale, je n’ai pas eu à gérer la recherche d’un logement. Je devais être logée chez une famille d’accueil, comme stipulé sur leur site. Il était précisé que j’aurais une chambre seule, condition que j’avais posée pour pouvoir travailler sereinement, ainsi que la climatisation et un accès internet sans problème via le wifi.
Rien ne s’est passé comme prévu. Dès mon arrivée tardive dans le pays, j’ai été conduite dans une nouvelle maison louée par l’ONG pour loger les volontaires.
Des conditions difficiles
Je me suis retrouvée seule, première à dormir dans cette maison… vide. Juste un lit dans une chambre, pas de table, de chaise, ni de climatisation (alors qu’il faisait 36°C le jour et 26°C la nuit). Pas de rideaux aux fenêtres non plus.
Heureusement, il y avait un frigo et deux plaques de cuisson. Quant à la nourriture, bien qu’ils devaient me fournir tous les repas, je n’avais qu’un repas le soir et du pain de mie pour le petit-déjeuner.
Combien de fois ai-je dormi par terre sur le carrelage parce que j’avais trop chaud ? Trop de fois. Et les cafards géants grouillaient partout. J’ai dû me mettre en colère pour obtenir un ventilateur et des insecticides interdits en France car toxiques. Mais il n’y avait pas d’autre choix pour me débarrasser de ces immondes cafards.
Deux semaines plus tard, j’ai enfin reçu une table et des chaises en plastique. Les murs de la maison, non isolés, étaient bouillants. Sans électricité, c’était un véritable enfer à l’intérieur.
Des nuits catastrophiques
Les chiens aboient toute la nuit là-bas. Ils ne sont pas des animaux de compagnie mais des gardiens, donc personne ne cherche à les faire taire. Dans l’enceinte du terrain, il y avait un chien qui hurlait, affamé et attaché, car la responsable avait peur de lui. J’ai finalement réussi à le renvoyer chez son propriétaire après deux semaines de nuits blanches.
Il me restait les aboiements du chien de l’hôtel voisin, mais c’était déjà mieux.
L’enfer de la maison
La vue ? Aucune. Des murs, un grand portail fermé avec des systèmes de sécurité en cascade. Apparemment, c’était « trop dangereux ». Pas d’arbre, pas de verdure, pas d’ombre. Rien.
Le quotidien se résumait à « métro, boulot, dodo », version locale. Il était fortement déconseillé de sortir seule après 18h00, car trop dangereux. Les hommes étaient souvent à l’affût, que ce soit pour user de leur pouvoir de séduction ou voler un sac à main.
Les deux dernières semaines ont été particulièrement éprouvantes. Le réseau internet est tombé en panne, je n’avais plus accès à rien, pas même au site de l’aéroport pour vérifier mon vol de départ. L’électricité n’était disponible que 3 ou 4 heures par jour.
Les routes
L’état des routes est déplorable. Il n’y a aucune gestion d’entretien. Ce sont des « volontaires » locaux qui comblent les trous de sable et arrêtent les voitures pour obtenir un paiement. Après une averse, se déplacer devient un véritable défi. Les voitures, bus, et motos se battent pour passer sur les quelques portions praticables.
Projet échoué
J’avais prévu deux semaines de détente du côté de la Volta, un endroit réputé pour ses randonnées, son lac, et sa nature. J’avais même trouvé un hébergement sympa en bord de plage.
Finalement, je n’y suis pas allée. La région de la Volta est également tristement célèbre pour le travail forcé des enfants. Impossible pour moi de cautionner cela.
Ce que j'ai aimé
Comme vous l’avez sûrement compris, ce voyage n’a pas été une expérience agréable dans l’ensemble. Pourtant, certaines choses, et surtout certaines personnes, ont su toucher mon cœur.
J’ai aimé, très profondément, Kwaku. Il avait à peine 3 ou 4 ans, un petit garçon orphelin pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur. J’aurais voulu le rendre heureux, le ramener avec moi, le sauver de ce pays. Le laisser derrière moi a été un déchirement immense. Je pense encore souvent à lui. Son rire, ses yeux malicieux, sa petite voix éraillée résonnent encore en moi. Ses câlins, son besoin de tendresse… Oui, Kwaku me manque terriblement.
J’ai aussi adoré tous les enfants, petits et grands, même lorsqu’ils étaient durs avec moi. Comment leur en vouloir ? Ils ne sont pas responsables des situations dans lesquelles ils grandissent.
Près de la maison, il y avait un petit bar. Une minuscule pièce avec six tables en plastique à l’extérieur. Un soir, alors que je venais chercher une boisson et discuter avec Mamaty, la propriétaire du bar, j’ai rencontré deux hommes formidables. L’un d’eux était un réfugié politique, un ancien magistrat de son pays, désespéré de quitter le Ghana où il ne se sentait pas à sa place. Depuis, j’ai appris qu’il avait réussi à partir et mène désormais une vie bien meilleure. L’autre homme, à moitié ghanéen, à moitié ivoirien, était à l’aise dans ses racines et ses cultures. Ce petit bar est devenu, avec les copines, un endroit de détente et d’échanges, un lieu qui m’a permis de souffler un peu et de tenir le coup.
Bien sûr, je n’ai pas rencontré que des personnes négatives ou méchantes. J’ai croisé des gens bien, mais malheureusement, ces moments positifs étaient trop rares pour compenser l’ensemble.
J’ai aimé la nature, même si je n’ai eu qu’une seule véritable occasion d’en profiter. La nature africaine a toujours été un enchantement pour moi.
Un des rares moments de complicité que j’ai partagés a été avec l’une des maîtresses de l’école. Un jour, elle m’a accompagnée pour acheter des provisions pour les enfants, d’abord au supermarché puis à une foire-exposition sur le parking. Ce fut le seul véritable moment agréable que j’ai pu vivre là-bas.
J’ai adoré les ananas ! Ils étaient tout simplement divins. J’en ai mangé tous les jours jusqu’à m’en imbiber. J’ai même ramené un ananas en France et réussi à le faire pousser !
Le chocolat ghanéen est également exceptionnel. Le Ghana est le deuxième producteur mondial de cacao après la Côte d’Ivoire, et ça se ressent dans la qualité de leur chocolat.
Le miel, il est exceptionnel ! J’ai eu la chance de pivoir en acheter directement chez un apiculteur local …wouaouuu !
Les cacahuètes grillées, les noix de cajou, et le « bofrot » — ce beignet divinement délicieux — m’ont aussi comblée sur le plan culinaire.
Et puis, il y a eu quelques échanges sympathiques, mais sans suite. Là-bas, tout semble avoir un prix. Si tu demandes à faire une activité, même avec une personne avec qui tu t’entends bien, tu dois payer. Tout.
L'hygiène : un problème alarmant
L’hygiène au Ghana est désastreuse. Si on reste dans les hôtels pour touristes, tout semble correct. Mais dès qu’on vit au contact des locaux, c’est une autre histoire. Les conditions sont inimaginables. Il est crucial de prendre des précautions, car la santé est constamment en danger.
J’ai fait confiance pour la nourriture, et j’ai été malade pendant trois semaines et demie. J’ai dû me résoudre à acheter des conserves, alors que je n’en consomme jamais. Une fois que j’ai changé mon alimentation, mon état s’est amélioré. J’ai alors compris que le problème venait de la façon dont les aliments étaient préparés. Bien que je n’achetais rien dans la rue et n’allais pas dans les restaurants locaux, la personne qui cuisinait pour moi manipulait les aliments de manière très risquée. Elle décongelait la viande sur un plan de travail à 36°C, puis la remettait dans le congélateur lors des coupures d’électricité, sans même la passer au réfrigérateur. Tout était fait de façon négligée, ce qui expliquait mes problèmes de santé.
L'hygiène publique : un manque de dignité humaine
En matière d’hygiène sanitaire, le Ghana est l’un des pays où la défécation à l’air libre est encore très répandue. Bien qu’il existe des latrines publiques, elles sont souvent dans un état déplorable et rarement entretenues. Résultat : les gens font leurs besoins dans la rue, dans des sacs en plastique au marché, à côté des fruits et légumes, et même sur la plage, devant tout le monde.
Dans les écoles où je me rendais pour essayer d’améliorer les conditions des enfants et leur apporter un peu de douceur, les élèves de petites sections faisaient leurs besoins juste devant la porte des classes. Une fois que les excréments étaient séchés par le soleil, la maîtresse balayait simplement tout ça un peu plus loin, contre un mur. Simple, non ? Les jeunes filles n’ont parfois même pas accès aux latrines, car on ne leur donne pas les clés ou du papier toilette. Elles doivent attendre que je m’énerve pour qu’enfin, on leur accorde ce droit basique.
Les enfants au Ghana
Une croyance d’un autre temps : les fesses rebondies des filles
C’est avec une grande fierté que certaines maîtresses m’ont expliqué, en me montrant une toute petite fille, comment rendre les fesses « rebondies ». Dès la naissance, les bébés sont massés très vigoureusement avec de l’eau brûlante pour modeler leur corps, des pieds jusqu’aux fesses. Elles sont convaincues que ces manipulations sont la raison pour laquelle les femmes africaines ont cette chute de reins et ces formes généreuses…
Des pratiques troublantes dans les écoles
Mais ce n’est pas tout.
Un enfant qui se sert de sa main gauche pour écrire est frappé et forcé d’utiliser la main droite.
Un enfant dyslexique est traité d’abruti et humilié comme ce n’est pas croyable.
Un enfant qui s’endort est réveillé brutalement, souvent en étant tiré et soulevé par un bras.
Un enfant qui a soif n’a pas droit à de l’eau.
Un enfant qui se fait battre par un autre n’est pas défendu.
Dans un des orphelinats où j’ai passé du temps, les tout-petits dormaient sur un seul matelas imbibé d’urine, ou sur une chaise, parfois à même le sol. Pendant ce temps, les « maîtresses » passaient leur journée à dormir, détestant le temps que je passais avec les enfants. Évidemment, je les dérangeais.
Abandon et négligence des enfants
Combien de fois ai-je dû gérer les enfants pendant que ces femmes dormaient, parfois carrément sur les petites tables de l’école, laissant les enfants livrés à eux-mêmes !
J’ai cru faire un malaise en voyant des enfants de 5 et 6 ans tailler leurs crayons avec des cutters en libre accès. Ces mêmes petits se soignaient eux-mêmes, piochant dans la trousse de premiers secours et prenant des « Doliprane » tout seuls.
Violence institutionnalisée : un exemple personnel
Puis, il y avait ce surveillant de l’école publique qui battait sans vergogne les enfants plus âgés. Un jour, je suis intervenue. J’ai mis fin à l’acharnement contre trois élèves, âgés de 9 à 11 ans, à genoux, mains derrière la nuque, battus à coups de canne devant une soixantaine d’autres enfants forcés d’assister à cette scène. En entendant la canne cingler dans l’air et les cris des enfants, je suis sortie de la bibliothèque, en furie. Je me suis jetée sur cet homme, immense et imposant, sans peur. Je lui ai arraché la canne des mains et l’ai brandie en l’air, le menaçant de l’utiliser contre lui s’il recommençait.
Une intervention qui a marqué
La scène était irréelle. Les enfants me regardaient, effrayés. Pas seulement par cet homme, mais aussi pour moi. Pourtant, je n’ai rien ressenti à ce moment-là. Il m’a regardée, a vu la colère dans mes yeux, et a demandé pardon. Je lui ai répondu que je ne lui pardonnerais jamais.
Il est parti, et les enfants sont venus vers moi, avec une incroyable gratitude dans leurs yeux. Les langues se sont alors déliées, et ce que j’ai appris m’a horrifiée. Les cicatrices que j’ai vues ont marqué mon âme pour toujours.
C’était leur quotidien.
Une violence latente
Durant ma présence, les violences se sont calmées, mais je savais que cela ne durerait pas. Puis, il y eut cet après-midi de fête, un moment de musique et d’excitation. Personne ne nous avait expliqué ce qui se passait. C’était bruyant, fatiguant. Ils tournaient des vidéos, ces fameuses vidéos où les enfants dansent et chantent pour récolter des dons sur les réseaux sociaux.
Le même surveillant est entré dans la classe où nous apprenions aux enfants une chanson française (Tu sais la chanson : Ah les crocodiles, celle que les enfants adorent). Sans nous voir, il a demandé à un enfant de chanter et danser une de leurs chansons. Cet enfant, timide, n’a pas voulu. Il a reçu des coups de canne, a dû chanter avec un sourire figé, et ensuite il a pleuré et a encore été frappé. La maîtresse nous observait, entre provocation et satisfaction.
Je n’ai rien pu faire, j’étais sans voix, sans force.
Avec des larmes, mon amie Marie également volontaire et moi avons quitté l’école en plein chaos, le cœur lourd.
Scènes d’abus
Dans une autre école, cet instituteur, qui pince violemment un enfant sous le bras parce que celui-ci ne sait pas lui répondre, m’a fait face lorsque je suis arrivée après avoir entendu les pleurs. Il m’a dit qu’il ne lui avait pas fait de mal. Je me suis alors tournée vers les autres enfants pour leur demander la vérité, et ils m’ont confirmé qu’il mentait. Vous savez quoi ? Je l’ai chassé de la classe et lui ai interdit de croiser ma route à nouveau ! Il a quitté l’école pour quelques jours.
Moi aussi, définitivement après d’autres mauvaises expériences, c’était à nouveau trop difficile de savoir qu’ils agissaient en cachette.
Et les adolescent étaient cette fois-ci vraiment très dur avec moi. Ils savaient que je ne me plaindrais pas car je ne voulais pas qu’il subissent des représailles.
L’inacceptable devenu norme
Il y a aussi ce jour où une maîtresse m’a confié que les adolescentes allaient chez les professeurs le samedi. Tout le monde le savait, mais personne n’intervenait. Les samedis étaient réservés à ces « rendez-vous ». Pas en semaine, à cause de l’école. Pas le dimanche, à cause de la messe.
Il y a ce voisin qui a eu deux enfants avec sa propre fille, et qui ne s’en cache pas.
Il y a ces adolescents obligés de travailler sous un soleil de plomb, à arracher les mauvaises herbes dans la cour de l’école, sans eau, sans pause. Un matin, j’ai fait un scandale jusqu’à ce qu’ils aient enfin le droit de boire.
Des ressources réservées aux adultes
L’orphelinat avait des réserves, mais elles n’étaient pas pour les enfants. Même les maîtresses m’ont expliqué qu’il fallait que je donne directement aux enfants, sinon ils n’auraient rien reçu.
Les enfants étaient adorables avec moi, mais la violence était leur quotidien, ils ne savaient pas vivre sans elle. J’étais épuisée, vidée, et j’ai perdu mon sourire légendaire. J’ai dû changer trois fois d’école ou d’orphelinat.
Une expérience traumatisante
J’ai tenu jusqu’au bout de ma mission, mais j’aurais dû abandonner pour me préserver.
Il y a tant d’autres scènes dont je pourrais parler. Mais je m’arrête ici.
Marie a partagé certaines de ces expériences avec moi. Marie, une jeune volontaire de 18 ans qui parcourait l’Afrique avec des ONG, devait passer un mois avec moi. Elle n’a tenu que dix jours avant de fuir. J’ai fait de mon mieux pour la soutenir, essayant d’être plus forte que je ne l’étais réellement, lui offrant des paroles réconfortantes, séchant ses larmes alors que je cachais les miennes. Mais au bout d’un moment, c’était trop lourd à porter.
Marie est partie en l’espace de 48 heures, et je la comprends. Elle avait besoin de se protéger
Face à l’injustice
Quant à moi, je m’étais imposé un fardeau écrasant : apporter du réconfort à tous ces enfants. J’aurais voulu sauver le monde. C’est une psy qui m’a aidée à me reconstruire à mon retour.
Une autre volontaire, qui faisait elle aussi le tour de l’Afrique avec des ONG, a préféré fermer les yeux sur ce qui se passait. Elle n’était là que pour dix jours. Elle a assisté à une réunion où une mère expliquait qu’on forçait sa fille de huit ans à dormir avec un homme de plus de 50 ans. Elle savait qu’elle ne pouvait rien faire, ce qui est vrai… Tout le monde trouvait cela « normal » lors de cette réunion entre parents et ONG locales.
Retour à la réalité
Il y a aussi ces volontaires qui reviennent sans jamais évoquer ces problèmes. Certaines reviennent pour retrouver leur « chéri », et cela nous vaut, à nous qui venons vraiment pour aider les enfants, bien des soucis. Ces relations entretiennent des malentendus et des intentions mal placées de la part des locaux, qu’ils soient mariés, célibataires, ou même de la part de leur « chéri ».
On m’a dit que j’étais trop sensible, que toutes ces situations ne posaient de problème qu’à moi.
Et puis, près de la capitale, il y a ces enfants de familles plus aisées, ceux qui vont dans des écoles Montessori, car c’est devenu la mode là-bas. J’y ai passé deux jours et j’ai refusé d’y retourner. Ces enfants regardent ceux des écoles publiques, issus de familles plus modestes, avec un dédain indescriptible. Le même regard que leurs parents.
L'homosexualité: Les contradictions et la situation des droits humains
L’homosexualité est très durement réprimée au Ghana. De simples soupçons peuvent entraîner de graves conséquences, et les discours publics à ce sujet sont incroyablement violents.
Je cite une partie d’article :
Cette loi est très sévère : elle prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison contre les LGBTQ, et de la prison ferme également contre les proches qui ne dénonceraient pas ce choix sexuel.
La loi a été votée sans opposition par les principaux partis, mais le président attend l’avis de la Cour suprême pour la promulguer.
Pourtant, lors d’un office religieux un dimanche matin, j’ai vu l’un des hommes les plus efféminés que j’aie jamais rencontrés prêcher devant l’assemblée. Face à cette contradiction, j’ai posé des questions, mais personne ne voulait en parler. Il est même interdit d’avoir des relations amicales avec une personne homosexuelle, ce qui crée un climat de peur.
Une jeune femme bénévole que je voyais souvent me faisait comprendre qu’elle était homosexuelle, sans jamais en parler directement. Ses gestes et certaines de ses paroles laissaient entendre qu’elle vivait avec ce lourd secret. Elle sait qu’elle ne pourra jamais être pleinement heureuse dans ce contexte.
Le racisme
J’ai fini par ne plus remarquer les « tchip« envers moi, les regards qui me détaillaient ouvertement de haut en bas, les refus de me vendre des articles, ou encore le nombre de fois où personne ne répondait à mes bonjours quand je montais dans un taxi local.
Il y a les « Obroni » (nom qu’ils donnent aux blancs) sympas, et puis il y a les autres… Ceux qui, rien qu’à l’intonation, te font deviner qu’ils ne sont pas très gentils.
Parfois, je ne pouvais m’empêcher de leur répondre dans leur dialecte :
— Oui, je suis blanche et toi, tu es noir, et alors ? (Aane, meyɛ obroni na wo yɛ binini, na ɛno deɛn??)
J’avoue que c’était jouissif, car ils pensaient que je comprenais, et se retrouvaient très gênés… Mais en réalité, c’était une phrase apprise par cœur !!!!
L'argent
Des arnaques omniprésentes
Je crois que je ne me suis jamais fait autant voler que dans ce pays, y compris par des employés de l’ONG. Le temps que j’ai passé sur place m’a permis de connaître pratiquement tous les prix : les transports, les fruits, les légumes, les boissons, les coupons de tissus magnifiques, les abonnements internet, etc. Cependant, malgré cette connaissance, je devais souvent faire face à des regards dédaigneux de certaines personnes qui refusaient de me laisser payer le prix normal du produit.
Première arnaque : l’achat de la recharge internet
L’achat de ma première recharge internet a été confié à la personne responsable des volontaires. Résultat ? Je me suis retrouvée « joyeusement » dépouillée de pas mal d’argent pour seulement une journée de connexion. Cette même personne m’a également pris une somme exorbitante pour une visite d’Accra, plus les billets qui ont mystérieusement disparu.
Réactions et conséquences
Après des réunions, des explications et finalement un remboursement partiel de la responsable, il a été remercié et ne travaille plus pour l’ONG. Toutefois, malgré ces actions, il n’a jamais avoué ses actes.
J’avais tout consigné toutes mes dépenses par écrit, heureusement, ainsi la responsable qui était en charge du change a bien vu que tout était réel.
Le double prix pour les étrangers
Chaque prix est doublé, voire triplé pour les Blancs, surtout les nouvelles têtes. Heureusement, j’ai de la gouaille, donc je savais négocier et passer mon chemin pour trouver le bon vendeur. Par contre, quelqu’un qui ne dit rien repartira rapidement avec les poches vides.
Tout est monnayé
Au Ghana, tout est monnayé, même les sorties amicales. Si c’est toi qui demandes à sortir, tu devras tout payer. Le Ghanéen ne met jamais la main sur son argent dans ce genre de situations.
Tentative de surenchère pour un service de blanchisserie
Un jour, j’ai demandé à faire laver quelques vêtements : 4 t-shirts, une jupe et un pantalon. Pour cela, on m’a demandé l’équivalent d’une journée complète de ménage dans la maison de la dirigeante de l’ONG ! En réalité, elle essayait de me faire payer son propre ménage. Je n’ai évidemment pas payé, et je pense qu’elle a compris que la relation entre nous serait difficile.
Lutter contre les arnaques quotidiennes
Cette expérience était une guerre et une source d’angoisse quotidienne. Je devais constamment lutter pour ne pas me faire arnaquer. Même à l’orphelinat, je ne pouvais pas acheter de l’eau. Un simple sachet d’eau me coûtait quatre fois plus cher que ce que les enfants et les maîtresses payaient.
Ma vie au Ghana en image
Je te partage tout de même un peu de mon expérience locale, mes rares dépacements et beaucoup mon ressenti pour chacun de ces lieux avec des annecdotes.
Une capitale à deux mesures
Immense banlieu ouest d’Accra
Tristesse
Camp de réfugiés libérians
Camp de réfugiés libérians
Villages côtiers
Le plus grand marché aéien d’Afrique de l’ouest
Le marché de la Fast Fashion
Stress
