Buduburam

Buduburam camp de réfigiés libérians

Le camp de réfugiés de Buduburam

Buduburam: je ne trouve toujours pas les mots pour exprimer ce que j’ai ressenti en étant envoyée seule dans ce camp de réfugiés. Ce fut une expérience marquante, difficile à décrire.

Je suis allée là-bas pour enseigner le français dans une toute petite école, après ma expérience catastrophique dans l’orphelinat précédent. Lorsque j’ai accepté cette nouvelle mission, je ne savais pas vraiment où je mettais les pieds. En fait, très peu de gens vont à Buduburam… à part les réfugiés eux-mêmes et quelques rares Ghanéens. Ce lieu est réputé pour être dangereux, mais je n’étais pas au courant. Les articles ou informations sur ce camp sont pratiquement inexistants, et j’ai fait confiance à la personne qui m’y a envoyée.

La première fois, elle m’a montré le chemin. Mais bien sûr, dès que j’ai dû m’y rendre seule pour « travailler », je me suis perdue et ça n’a pas été simple de demander de l’aide, surtout sans avoir d’adresse. Ce camp est un véritable labyrinthe de ruelles et de cases construites de manière anarchique. Partout, des échoppes improvisées. Les réfugiés ont transformé ce camp en une sorte de ville de près de 38 000 habitants, vivant dans une pauvreté écrasante, marquée par la violence, où les sourires sont rares.

Pour me sentir un peu plus en sécurité, je portais le t-shirt de « l’ONG », pensant que cela m’identifierait et offrirait une protection. Mais à chaque fois que je passais, je n’avais droit à aucun sourire, ni bonjour. Il était clair que je n’étais pas la bienvenue.

L’école était minuscule, et il y avait très peu d’élèves. Les enfants étaient extrêmement durs, presque inaccessibles. Leurs conditions de vie dans ce camp les avaient endurcis à un point que je n’imaginais pas. Même au sein de l’école, je n’ai jamais réussi à établir un vrai contact. Violence, désintérêt total pour tout… Les élèves étaient comme coupés du monde, de l’espoir.

Parfois ils passaient des journées entières à attendre un professeur qui n’arrivait jamais.Parfois il y avait des cris de douleurs après un énième sévices de la part de l’un d’eux (j’aborde le sujet ici).
Et puis un jour un élève m’a demandé pourquoi j’étais là. J’ai essayé de lui expliquer, mais il m’a simplement répondu qu’ils n’avaient pas besoin de moi. Ce regard soutenu, défiant, m’a fait réaliser que je n’étais pas en sécurité. J’ai rangé mes affaires en silence, et je suis partie en plein milieu de la matinée, sans un mot à qui que ce soit. C’était trop pour moi, encore une fois.

Bien sûr, j’ai eu des moments d’attachement, avec des enfants qui m’ont touchée malgré tout. J’avais mon petit chouchou, un garçon aux cheveux étonnamment clairs et à l’humour décalé. Et puis il y avait ma grande chouchoute, une adolescente orpheline, avec son sourire malicieux et sa gentillesse désarmante. J’ai même rendu visite à l’endroit où elle vivait, encadrée par une « mama » adoptive qui élevait une vingtaine d’enfants.

Mais encore une fois, la réalité derrière la façade m’a rattrapée. Cette « mama », tout comme d’autres, profitait de la situation. J’ai donné, j’ai acheté des choses… pour finalement comprendre que tout cela n’était qu’une autre forme d’exploitation. Cependant, cette fois-ci, je ne regrette pas totalement, car j’ai donné directement aux enfants, après avoir vu leurs besoins réels.

Le camp de Buduburam a été en partie détruit par le gouvernement ghanéen en début d’année (2024). On dit que c’était devenu un refuge pour terroristes, meurtriers, et un lieu important pour la prostitution. Les armes y circulent librement, et lorsque mes amis ghanéens ont su que je m’y rendais, ils ont éclaté de rire en me disant que même eux n’y mettraient jamais les pieds. Parfois, il vaut mieux ne pas tout savoir à l’avance…

Quand j’y repense, je ne peux m’empêcher d’éprouver de la colère envers la personne qui m’a envoyée là-bas, celle qui ne voit en nous, les « whites », que des porte-monnaies ambulants, tout en nous appâtant avec un site web bourré de mensonges.

Je n’ai pas de photos de Buduburam, car on n’y va pas en touriste. Mais je te mets une vidéo pour que tu puisses te rendre compte de la réalité de cet endroit.

Ma vie au Ghana en image

Je te partage tout de même un peu de mon expérience locale, mes rares dépacements et beaucoup mon ressenti pour chacun de ces lieux avec des annecdotes.

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