Good Shepherd

Good Shepherd : Entre Douleur et Tendresse, mon Dernier Chapitre

J’ai passé les quatre dernières semaines de mon séjour dans cet orphelinat au Ghana, Good Shepherd, et je dois dire que c’était une période riche en émotions, même si elle n’a pas été sans défis. En réalité, il n’y avait pas de travail pour moi. Le professeur de français n’est venu qu’une seule fois durant tout ce temps. J’ai pu assister à son cours, mais je n’ai pas proposé d’en donner ; j’ai fini par baisser les bras. Alors, je passais mes journées à distribuer câlins et douceur aux petits de la maternelle et aux élèves de CP/CE1.

Kweku

C’est dans cet orphelinat que je suis tombée en amour avec Desmond / Kwéku. Ce nom est donné à tous les garçons nés un mercredi, tout comme le prénom Akua est donné aux filles ezt dont je fais partie. Kweku a été découvert dans une boîte devant la porte des responsables de l’orphelinat. Il n’a pas d’histoire familiale, pas de prénom, pas de nom. Il porte donc le nom du jour de sa découverte, avec un petit ajout de sa maîtresse : Desmond.

Kweku a un sourire géant qu’il ne perd pratiquement jamais. Dès le premier jour, j’ai ressenti une connexion spéciale avec lui. À seulement quatre ans, il était fort et courageux ; il aidait ses petits camarades lors de violentes bagarres, les consolait et les prenait par la main pour les éloigner des conflits. Kweku partait seul aux heures des repas pour aller prendre le sien à l’orphelinat. La seule fois où je l’ai vu épuisé et sans sourire, c’était lorsqu’il a attrapé la varicelle. Il a apaisé mon séjour, mais avec la réalité de mon départ qui approchait, je ne pouvais m’empêcher de penser à la tristesse que cela lui apporterait. Si j’avais eu une baguette magique dans un autre monde, je l’aurais utilisée pour lui offrir une vie meilleure.

Violence

J’avais exprimé clairement que je ne voulais aucune violence en ma présence. Cette exigence a été relativement respectée, même si j’ai dû intervenir une fois, pleine de colère, face à une jeune maîtresse qui ne s’était pas aperçue que j’étais juste derrière elle. Le problème a été rapidement réglé ; elle a compris, à mon intonation, qu’il valait mieux qu’elle fasse profil bas. Mais mes bras n’étaient pas assez grands pour consoler tous ces petits bouts de choux en pleurs.

J’ai beaucoup parlé avec les trois maîtresses avec qui je passais mes journées. J’ai appris énormément de choses sur leur vie et celle des enfants. L’une, A., partageait ses potins de filles avec moi, tandis que sa petite dernière, la plus petite élève de l’école, était un délice de coquinerie. Une autre, J., m’a confié son choix de quitter son mari, emmenant un de ses trois enfants pour échapper à la violence. Elle était logée dans une petite case de l’orphelinat avec sa fille, ayant fait un choix de survie. La troisième, D., semblait mener une vie équilibrée avec son mari et ses enfants. Avec elle, j’ai partagé de vraies conversations de femmes, ce qui faisait du bien. Elle n’était pas du tout dans ce schéma de violence et de mépris et nous avons aussi passé un peu de temps ensemble en dehors de l’orphelinat.

Parfois l’une dormait sur la table ronde d’écolier et l’autre s’alongeait sur la natte au sol qui servait de lit au plus petits, les enfants étaient livrés à aux même pendant ce temps. C’est très surprenant à vivre.

Il y avait aussi la cuisinière, qui se faisait un plaisir de me faire goûter sa cuisine, et un jour, elle a même réussi à ne pas mettre d’épices pour moi ! J’ai trouvé un semblant d’équilibre au milieu de toutes ces femmes.

S’interposer au Prix de Sanctions

Nous avons souvent discuté de cette violence au Ghana anormale, et nos échanges ont porté leurs fruits. Un jour, A. a entendu des adolescents hurler et entendre des coups cinglants de canne. Contre toute attente, elle est allée s’interposer et a confronté le professeur de ces adolescents. La directrice de l’école s’est alors déplacée pour la convoquer et lui a dit que s’il y avait une autre répétition, elle serait virée. Je me suis sentie un peu responsable de tout cela. Pendant deux jours, la directrice nous a surveillés, puis elle a fini par ne plus revenir. Le professeur, lui, était fier d’avoir l’impunité. La maitresse n’interviendra plus jamais.

Coups de feu

Un matin, alors que j’étais seule avec les tout-petits, il y a eu trois coups de feu juste derrière le mur, à quelques mètres de nous. La plupart des enfants ne parlent pas anglais mais leur dialecte. Nous nous sommes tous regardés. J’ai fait signe de ne pas faire de bruit et de venir s’asseoir par terre, près de la table, autour de moi. Ce moment a duré une éternité. J. est venue depuis sa classe, accroupie, pour vérifier si nous allions bien tout en nous faisant signe de rester silencieux.

C’était un instant suspendu dans le temps ; je ne voyais pas au-delà des murs de la classe, et les enfants accrochaient leurs yeux inquiets aux miens, guettant ma réaction. Je n’ai pas perdu mon sang-froid. C’est seulement lorsque l’on est venu nous dire que nous pouvions bouger que les enfants sont repartis jouer, comme si de rien n’était. Moi, j’étais dans un autre monde, en train de me demander « et si… ? ».
On a jamais su la raison de ces coup de feu, mais en même temps ça n’a plus inquité personne après les faits.

Le dernier jour

Je comptais les jours de mon départ de Good Shepherd tout autant que je l’appréhendais, ne parvenant pas à imaginer ce moment. J’avais passé tant de temps à protéger ces enfants, et ils le savaient. Avec moi, ils pouvaient boire de l’eau quand ils le voulaient, avoir une écoute attentive, un câlin, rire ou encore le goûter de 10 heures que je me faisais un plaiisr de leur amener tous les jours.

Contre toute attente, ce dernier jour a été catastrophique. Il y a eu une réunion du personnel, et j’ai dû garder les trois classes. Les enfants se sont déchaînés, devenant très provocateurs, conscients que je ne les toucherais pas, ils étaient dans la provocation. Je ne voulais pas les laisser seuls. Finalement, je suis allée chercher les maitresse une troisième fois, leur expliquant que je partais parce que c’était infernal et que j’avais mes valises à faire. Seuls deux enfants, Kweku et Aïcha, étaient adorables.

Les maîtresses sont arrivées en courant. L’une d’elles a pris sa canne et, dans ce moment de tension, j’ai serré très fort Kweku et Aïcha dans mes bras, dehors. Je pleurais, je me suis reproché longtemps cet épisode.
Dans le brouaha de l’enervement général, j’ai fermé les yeux et embrassé Kweku en lui disant que je l’aimais très fort, que j’aurais tellement aimé faire plus pour lui, que je ne l’oublierai jamais. Je n’ai embrassé personne d’autre, et je suis partie en colère et en larmes. D. pleurait aussi ; nous nous sommes regardées sans parler. C’était dur.

C’est fini, plus jamais je ne repartirai dans un orphelinat au Ghana, ni en Afrique.

GOOD SHEPHERD
Good Shepherd leçon
Good Shepherd petite section
Good Shepherd petite fille
Good Shepherd élèves
Good Shepherd
Good Shepherd école

Ma vie au Ghana en image

Je te partage tout de même un peu de mon expérience locale, mes rares dépacements et beaucoup mon ressenti pour chacun de ces lieux avec des annecdotes.

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