Kantamanto
Le marché de Kantamanto au Ghana est la catastrophe de la fast fashion
Édit – Une catastrophe a eu lieu le 1er janvier 2025 au soir : Kantamanto a brûlé. Il ne reste plus rien.
Heureusement, il n’y a pas eu de victimes, mais des milliers de vendeurs du marché ont tout perdu. Connaissant leur situation, j’ai le cœur serré pour eux.
Voici l’article en français:
Un important incendie ravage le principal marché de vêtements de seconde main du Ghana
Comment vous décrire le marché de Kantamanto ? Comment aborder un sujet aussi complexe et vous faire comprendre à quel point la fast fashion — ces collections de vêtements bon marché, renouvelées sans cesse — détruit littéralement la planète ? Mon voyage au Ghana a été un choc, une prise de conscience réelle des dégâts causés par cette industrie, et je ne pouvais pas rester indifférente. Ce que j’ai vu là-bas, au marché de Kantamanto,, c’est triste, désespérant, et surtout incompréhensible quand on sait que la plupart des gens continuent, sans réfléchir, à cautionner cette catastrophe écologique par leurs achats.
Cet article n’est pas seulement engagé, il est écrit avec tout mon cœur. J’espère sincèrement qu’il vous fera comprendre l’ampleur de ce désastre.
Le marché de Kantamanto : Un désastre à ciel ouvert
Kantamanto est accolé au marché de Makola, en plein cœur d’Accra. Deux mondes qui se côtoient : le centre d’affaires moderne d’un côté, et ce marché tentaculaire de l’autre. Pour y accéder, il faut se faufiler à travers un dédale de ruelles, entrer par un des portails discrets qui gardent cet espace clos. Une fois à l’intérieur, on est complètement submergé : la tête tourne, les yeux ne savent plus où regarder et les oreilles bourdonnent sous l’agitation.
Sur plus de 20 hectares, c’est un véritable labyrinthe. On se perd entre des allées d’échoppes. 30 000 personnes y travaillent officiellement, et sûrement autant non déclarées. 30 000 échoppes minimum, c’est fou ! Et parmi elles, des montagnes de vêtements, entassés, impossibles à déballer faute de place. Ici, c’est une véritable fourmilière, un chaos organisé où les sections sont classées par thème : vêtements pour enfants, chaussures, sacs, hommes, femmes, jeans, costumes, etc. Pourtant, trouver exactement ce que l’on cherche relève du miracle.
La Fast Fashion : un fléau mondial qui se concentre ici
Chaque semaine, c’est près de 15 millions de vêtements usagés qui arrivent à Kantamanto, soit environ 260 000 tonnes par an. 60 000 tonnes depuis la France. Ces chiffres sont vertigineux. Avec la mode jetable et l’obsession pour les nouvelles tendances, la qualité des vêtements qui arrivent au Ghana a drastiquement baissé. Ce qui était autrefois des vêtements de seconde main exploitables devient aujourd’hui des déchets presque inutilisables.
Seulement 60% de ces vêtements peuvent encore être vendus ou transformés. Et le reste ? Il est jeté. Des milliers de tonnes de vêtements finissent dans des décharges à ciel ouvert, sans traitement approprié. Le Ghana n’a pas les infrastructures nécessaires pour gérer un tel volume de déchets textiles. Sous la pluie, ces vêtements se retrouvent charriés jusqu’à la mer, recouvrant des kilomètres de plages. Imaginez : sur 7 km de côte, il n’y a plus de sable, seulement des amas de tissus emmêlés, formant d’immenses tentacules,impossibles à retirer. Les pêcheurs sont désespérés, les poissons fuient, et la vie aquatique est étouffée par les microplastiques et les microfibres. C’est une catastrophe écologique d’une ampleur difficile à mesurer.
Les décharges débordent, les déchets sont parfois brûlés, ce qui aggrave encore la pollution. Les plages du Ghana, autrefois paradisiaques, sont devenues des cimetières textiles. Les vêtements, entassés, pourrissent sous le soleil, tandis que les pêcheurs, les artisans, et même la faune marine paient les conséquences de nos excès de consommation.
Kantamanto : une fourmilière d’ingéniosité
Malgré cette tragédie, Kantamanto est aussi un lieu de résilience. Les vêtements déballés sont triés, vendus ou transformés. Les couturiers récupèrent chaque pièce exploitable pour en faire quelque chose de nouveau. Les vendeurs, eux, exposent les articles au fur et à mesure des ventes. C’est tout un écosystème qui vit autour de ces habits venus des quatre coins du monde.
Je suis allée deux fois dans ce marché. La première fois, c’était pour découvrir cet endroit et réaliser l’ampleur de la catastrophe. La seconde, c’était pour acheter des vêtements à donner aux orphelins. C’était la moindre des choses, mais ça reste une goutte d’eau face à cet océan de déchets.

L’impact mondial de la fast fashion sur le Ghana
Le Ghana est devenu le premier importateur mondial de vêtements de seconde main. Chaque mois, environ 214 millions de dollars US de vêtements sont expédiés vers ce pays. Et bien que le gouvernement ghanéen ait signé un accord interdisant l’importation de sous-vêtements usagés, la surveillance est quasi impossible. Résultat ? Les tonnes de vêtements continuent d’affluer. Pourquoi ? Parce que l’argent est roi, et que fermer les yeux est souvent la solution la plus simple.
Alors, la prochaine fois que vous achetez un t-shirt à 5€, pensez-y : où ira-t-il quand vous n’en voudrez plus ? Peut-être finira-t-il sur une plage au Ghana, étouffant la vie marine sous des couches de textile. Nous ne pouvons plus ignorer l’impact de nos choix. C’est réel, c’est là-bas que ça se passe. Chaque vêtement compte.
Je n’ai pas de photos de ces plages désolées, mais je vous encourage à lire cet article d’une ONG qui se bat désespérément pour nettoyer les plages ghanéennes. Peut-être que ça vous ouvrira les yeux. Le Ghana, si loin des podiums de mode, paie le prix fort pour nos vêtements bon marché.






Ma vie au Ghana en image
Je te partage tout de même un peu de mon expérience locale, mes rares dépacements et beaucoup mon ressenti pour chacun de ces lieux avec des annecdotes.
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