Saviour Children Foundation

L'école et l'orphelinat de l'horreur

L’Orphelinat : Derrière les sourires, des larmes et la peur

Je n’ai pas les mots pour décrire ce désastre, cette impuissance que je ressens face à ce que j’ai vu dans cet orphelinat. Derrière les sourires des enfants se cachent des larmes et une peur omniprésente. Je ne comprends pas pourquoi certains volontaires ne se révoltent pas comme je l’ai fait.

Cet orphelinat, qui fait également office d’école publique, est un lieu où la violence est quotidienne. Les enfants sourient, certes, mais dès que l’ombre de certaines personnes approche, leur joie se mue instantanément en crainte. Quand c’était mon ombre qui apparaissait, j’avais droit à des sourires, mais surtout à des récits quotidiens des sévices subis ou évités, comme pour vérifier si mon intervention avait eu un impact. Ils me remerciaient sans cesse pour ces moments de « grâce » où la violence s’arrêtait, mais au fond, je savais que dès que je partirais, tout recommencerait.

Je n’ai pas tenu le temps que je voulais. J’ai quitté cet endroit deux fois en larmes, terrassée par l’impuissance. La troisième fois a été celle de trop. Les enseignants voyaient en moi un obstacle : je perturbais l’ordre en protégeant les enfants. Un enseignant de français, qui au départ me respectait dans l’espoir d’une relation ‘sur un mal entendu’ comme dirait Michel 🙏 , a fini par m’avouer que je dérangeais. Mes cours, disait-il, chamboulaient leur routine faite de sommeil et de coups de canne.

Je reconstruisais inlassablement des leçons de français pour ces élèves censés passer leur examen dans cinq mois, alors qu’après trois ou quatre ans de cours, ils n’étaient même pas capables d’aligner une phrase correcte. Pendant mes heures de présence, les professeurs abandonnaient leurs élèves à moi, des classes de 60 enfants minimum. C’était un enfer. J’ai demandé à diviser les classes par deux, mais cela les ennuyait, car cela signifiait qu’ils devaient reprendre les cours.

Je posais des questions, je m’interposais, j’imposais la non-violence, une lutte incessante dans cet univers brutal. J’aborde ce sujet ici.
Une fois par semaine, l’orphelinat organisait une réception pour accueillir des donateurs, mais les biens offerts ne profitaient jamais aux enfants. Les boissons sucrées, par exemple, étaient mises en vente dans une petite boutique située dans la cour, au lieu d’être distribuées aux enfants. Les piles de vêtements restaient dehors, exposées aux éléments pendant des jours avant de disparaître, sans que les enfants n’en bénéficient (voir photo).

J’avais apporté du matériel scolaire pour mes élèves, tout ce dont ils avaient besoin. Ce que j’avais acheté m’a été confisqué avant que je ne puisse le distribuer. J’ai dû me battre pour que les enfants aient enfin ce matériel, et j’ai fini par réussir.

Dans cet orphelinat, il y avait des points d’eau dans la cour pour le lavage des mains, mais pendant que les plus petits, âgés de 2 à 3 ans, étaient enfermés dans une salle de classe insalubre, Dora, une petite fille qui ne parle pas, errait silencieusement. Elle ne savait que montrer du doigt une assiette, souvent vide, ou faire le signe de boire, car on ne lui donnait à boire que rarement. Les « nurses » étaient trop fatiguées après leurs siestes ou trop absorbées par les réseaux sociaux pour s’occuper d’elle.

Dora mangeait seule, souvent ce qu’elle avait renversé par terre, reversé de sa gamèle posée a même le sol. Elle dormait où elle pouvait, parfois sur un matelas imprégné d’urine, parfois à même le sol. La cantinière, souvent en retard, ne servait le riz et la sauce qu’à 14h ou 15h, alors que les enfants, affamés, s’effondraient de fatigue. Cela ne perturbait personne.

Dans les écoles publiques, les instituteurs ne sont souvent pas payés. Le gouvernement ne s’en occupe pas, et ils reviennent chaque jour pour un simple repas, espérant qu’un salaire tombera un jour, ce qui arrive de tempss en temps.

Après environ deux semaines, j’ai fait connaissance avec deux professeurs sympathiques : le prof d’informatique et la prof de Twi (la langue locale). Nous n’abordions jamais les sujets qui fâchent. Leurs enfants, eux aussi, fréquentaient cette école gratuite, où la violence était devenue leur quotidien.


ÉCOLE PUBLIQUE AU GHANA

Ma vie au Ghana en image

Je te partage tout de même un peu de mon expérience locale, mes rares dépacements et beaucoup mon ressenti pour chacun de ces lieux avec des annecdotes.

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