VIVRE EN OUGANDA
Vivre en Ouganda dans un petit village
Vivre en Ouganda n’est pas si facile que ça, il est important de noter que j’étais dans un petit village ougandais et que je logeais chez des personnes pour qui c’était la première fois d’accueillir quelqu’un. La communication n’était pas facile et Godfrey devait souvent intervenir. Quand j’ai commencé à apprendre un peu de dialecte local, ça a grandement facilité les choses, ne serait-ce que pour les bases de politesse.
Quelle fierté de pouvoir dire quelques phrases et comprendre le sens des conversations !
Je travaillais dans un village encore plus petit, avec un accès limité. Un village ougandais dont le maître mot est la quiétude et la nonchalance. Traversé par une unique route de terre rouge, comme j’adore, et entouré par une nature flamboyante et magnifique, ce village représentait une expérience de vie incroyable. Une parenthèse dans la mienne dont j’ai mis du temps à me remettre. Pour de nombreuses raisons.
J’espère un jour pouvoir retourner dans ce village ougandais et partager à nouveau du temps avec eux.
J’ai vécu tellement de choses incroyables pendant ces six semaines qu’une part de moi y est restée.
Il y a eu des aspects négatifs, comme dans toutes les aventures : rien n’est parfait. Aucun pays n’est parfait, aucune culture ne l’est non plus. Mais de ces points négatifs, j’ai tiré plus de force et ils m’ont permis de relativiser encore plus de choses, même si ma vie n’a pas été facile.
Je n’ai pas pu visiter tous les sites que j’avais sur ma liste. Sur 6 week-ends, il y a eu un mariage, une soirée de « présentations » (fiançailles) et un week-end passé au lit à cause de la… tourista. Il m’en restait 3, sans agence aux alentours, sans voiture et sans réels conseils. Mais j’ai tout de même réussi à organiser 3 visites de lieux et c’était chouette !
Ce que j'ai aimé
Tellement de choses ! Vivre en ouganda c’est la chance de vivre tout ça :
- La verdure, la nature, les couleurs.
- La beauté de chaque endroit où se posaient mes yeux.
- Les sourires et les rires des gens.
- Leur bonne humeur incroyable.
- Leur générosité de cœur.
- Le partage.
- Le climat.
- Ces oiseaux incroyables du quotidien, surtout les Marabouts. L’impression d’être dans Jurassic Park à chacun de leurs passages au-dessus de ma tête.
- Tous les systèmes D, la débrouille.
- Rire avec eux ! C’est magique.
- Leur regard lorsqu’ils découvraient quelque chose dont ils n’avaient jamais entendu parler.
- Se contenter de ce que l’on a sur place, de l’essentiel, ne plus avoir besoin du superflu.
- Tous ces moments sans communiquer verbalement mais si riches dans les regards.
- La simplicité de leur vie.
- Mon nouveau prénom : Nayiga.
- Mes amies, Jane, Saku, D’Jay D’Jay (grand-mère), Godfrey et tous les autres.
- Les fêtes et les soirées passées ensemble.
- Les heures passées dans cette classe d’école si africaine avec toutes ces femmes si courageuses.
- Tous ces gens qui finissaient par me saluer chaque jour à chacun de mes passages dans les villages.
- Les enfants, leur acceptation de « braver » l’extra-terrestre que j’étais pour eux (blonde aux cheveux raides, aux yeux clairs et très blanche) que je représentais. De ne plus pleurer lorsque je m’approchais d’eux. D’accepter petit à petit ce contact si précieux.
- Leur force face à la maladie, aux accidents et à cette impossibilité d’avoir des soins dignes de ce nom.
Ce que j'ai le moins aimé
Mais vivre en ouganda c’est aussi être confronté à tout ça :
- La vente d’insectes si importante pour eux (ayant la phobie de toutes ces petites créatures, imaginez !).
- Les enfants soldats…
- L’abus de pouvoir.
- La « police » : la corruption et la violence des interventions. J’ai cru à une blague quand j’ai vu un conducteur de boda-boda (moto-taxi) se faire menotter devant moi et sa moto immobilisée par de grosses chaînes. Au début, j’ai ri de la situation en lançant : « It’s a joke ? » Mais ce n’était pas le cas, comme me l’a fait comprendre Jane discrètement… Le motif de l’arrestation ? Il avait simplement stationné sur le trottoir, bien que des dizaines d’autres le faisaient au même endroit. Il a été relâché après avoir donné son revenu quotidien. Les regards des policiers en civil m’ont glacé. Avec le recul, cette double arrestation est amusante, mais pas sur le moment !
- La résilience, car c’est déchirant de réaliser que rien ne changera.
- La nourriture. Au bout de quatre semaines et demie et beaucoup de kilos perdus, la faim me réveillait la nuit et j’avais du mal à avaler quoi que ce soit. Bien que j’aie eu trois repas par jour, ils étaient désespérément composés des mêmes aliments : manioc, pomme de terre, spaghettis à la sauce tomate, parfois un œuf. J’ai eu de la viande trois ou quatre fois, difficile à mâcher pour mes dents européennes, et du poisson deux fois… Je ne mangerai plus jamais de poisson gout vase du Lac Victoria, cuisiné avec amour par Saku et qui a coûté si cher. Les derniers jours, après avoir beaucoup pleuré, j’ai enfin eu des fruits, mais trop tard pour mon cerveau. Bien qu’ils mangent jusqu’à cinq fois par jour, c’était inlassablement la même nourriture, souvent du manioc. Pour avoir la sensation d’un estomac plein, j’ai fini par boire du thé matin et soir. Ils ne comprenaient pas ma situation ; pour elles, j’avais de quoi manger et Saku et D’Jay D’Jay s’inquiétaient. Comment pouvaient-elles comprendre notre alimentation, à nous autres peuples ? Jamais dans leur vie elles n’ont connu autre chose, ni su qu’autre chose existait. J’étais la première personne qu’elles recevaient.
- Le manque de cuisine, l’incapacité de manger quand je le voulais, l’absence de réfrigérateur pour conserver de la nourriture.
- Les nuits sans volets, sans isolation phonique, le bruit constant (voisins, musique, coqs, chèvres, portes en fer lourdes).
- Les coupures d’électricité.
- L’aéroport d’Entebe. Comme on peut le lire dans les avis de voyageurs, j’ai été victime d’une tentative de racket lors de l’enregistrement de mon vol retour. J’ai dû choisir : lui laisser mon ordinateur ou mon appareil photo avec les objectifs, cartes SD, chargeurs et autres accessoires. Cette personne malveillante a jugé interdit de voyager avec les deux et m’a donné « du temps pour réfléchir » en téléphonant pendant quinze minutes, des minutes incroyablement longues alors que l’heure d’embarquement approchait. Paniquée, j’ai commencé à crier que je voulais voir un responsable et la police (oui, oui), les larmes aux yeux, mais personne dans cette partie de l’aéroport ne m’a aidée. C’était terrible. Après avoir raccroché, il m’a regardée avec un sourire en coin et a dit que je pourrais partir avec mon matériel si je laissais quelques affaires derrière moi. Livres, cadeaux, thé, t-shirts et pantalons ont été abandonnés dans un dédain général. Il s’est amusé et a obtenu quelques affaires, mais je suis repartie avec mon matériel. Un jeune homme est venu en courant afin d’accélerer mon passage à la douane et pouvoir embarquer, il m’a dit que je n’étais pas tombée sur la bonne personne, que c’était habituel avec lui et qu’il était désolé pour moi. Il a assisté à toute la scène sans intervenir…
- La peur des gens : je m’installe à ma place, dans l’avion, pratiquement la dernière, et des cris retentissent au milieu de l’appareil. Un homme hystérique hurlait en français et en anglais, embarqué au Rwanda avec des revendications politiques. La police est venue le chercher manu militari, il criait qu’ils allaient le tuer si personne ne l’aidait. Il a décrit ce qui arrive aux gens emprisonnés en Ouganda. Cette scène, après ce que je venais de vivre, m’a profondément perturbée.
- Les conditions de vie de certains enfants. Bien que je n’aie pas été témoin directement. J’ai entendu des confidences et des appels à l’aide. Je me suis retrouvée totalement désarmée, incapable d’agir. Dans certaines familles, c’est culturel : il n’y a pas de juste milieu. Un enfant est idolâtré ou… esclave. Dois-je parler des nuits blanches à pleurer ? À chercher une solution ? Dois-je parler de cette culpabilité à ne pas avoir de solution ni de promesse d’un avenir meilleur pour cet enfant ? J’en ai parlé à deux personnes qui m’ont expliqué ne rien pouvoir faire, que c’était comme ça. C’est mon premier véritable traumatisme d’Afrique.
Vivre en Ouganda c’est aussi vivre toutes ces expériences.
Ma vie en Ouganda en images
Je te partage un peu de mon expérience locale, un peu de mes balades, un peu de mes découverte et beaucoup mon ressenti.
L’Ouganda est un pays vraiment magnifique qui mérite d’être découvert, tout n’est pas parfait mais tout ces souvenirs sont pour moi en première position de tous mes voyages, aussi bien pour les paysages que pour les personnes que j’ai rencontré.
La ville la plus proche du village
Le petit village dans lequel je vivais
Le village traversé par l’Équateur
Village de pêcheurs du Lac Victoria
Mon quotidien dans une maison familiale
La petite école dans laquelle j’enseignais
Une bien étrange fête scolaire
Parc National du Lac M’Buro
Interminable et épique !
